Enfin la fin de la crise dans la zone €

CONFERENCE-DÎNER (19H)

Le vendredi 20 septembre, c’était la rentrée au Business Club d’Avignon.

« La crise dans la zone € », les média nous en parlent beaucoup et souvent …  Dès lors, confier une conférence sur ce sujet à un vrai spécialiste de cette matière, cela change des billets radio et télé ou des entrefilets dans les quotidiens !

Philippe VIGNERON, Inspecteur général honoraire de la Banque Nationale (belge), ancien Conseiller de la Représentation Belge près l’Union Européenne, est toujours Maître de conférences à l’Institut d’études européennes de l’Université Libre de Bruxelles et chercheur et enseignant associé à Aix-Marseille.

Ayant vécu de tout près la création de l’€, ayant suivi tous les développements de la zone €, toutes ses crises, toutes les intrigues entre Etats, il nous a livre un récit avisé et passionnant de la crise et de sa fin annoncée : quelle crise ? est-ce vraiment la fin ? …  Il s’est consacré également à l’avenir de l’€ et de la zone €, en passant en revue quelques critiques eurosceptiques dans une vision plutôt politique.

Voici quelques extraits marquants de cette conférence passionnante …

De quelle crise parlons-nous ?

En tout cas pas de crise de l’Euro … qui a traversé la crise internationale sans dégâts.

La crise concerne en fait plutôt la zone Euro, mal construite.  Malgré le pacte de stabilité, qui est trop axé uniquement sur le contrôle des déficits publics, les politiques économiques nationales ne sont pas suffisamment harmonisées. Le fonctionnement  de la zone Euro reste  donc marqué par son incomplétude. Créer une union monétaire est certes plus facile que créer une union économique complète mais il faut continuer d’approfondir l’intégration, en particulier sur l’endettement privé via l’union bancaire.

La zone Euro a vécu de manière plutôt correcte jusqu’à la crise financière, venue des États-Unis, qui a engendré une crise économique générale mondiale.  Mais est alors apparu au grand jour qu’il fallait  améliorer le fonctionnement économique de la zone Euro, sa gouvernance.  Cela a été compris avec retard et avec douleur.  D’où l’alarmisme de certains pensant que l’Euro est fini …

Comment gérer la crise ?

Les banques centrales tiennent un rôle capital, avec les mesures non-conventionnelles, en dehors donc de leur  politique traditionnelle.  Jusqu’à pratiquer, dans certaines circonstances et selon certains critères, le rachat de titres de dettes publiques d’États, sortant ainsi de leur mandat. Seule l’Allemagne, et en particulier la Bundesbank, continue de  contester.  Même des pays fidèles à l’Allemagne ont accepté cette évolution.

La zone Euro s’est aussi sans doute élargie  trop vite.

La Grèce, par exemple, est entrée dans l’Union avec des chiffres trafiqués.  L’ampleur de la fraude grecque est réelle.  Mais Eurostat n’avait pas les moyens  d’aller contrôler sur place.

Fallait-il élargir à la Grèce, à Malte, à Chypre ? Les déséquilibres sont flagrants et les deux derniers pays participent au blanchiment des capitaux.

Giscard avait parlé de « Platon aux portes de l’Europe », mais ce n’est pas Platon qui est venu… !

L’Union européenne ne fait plus rêver tout le monde …

L’UE est devenu un monstre difficile à gérer.  L’UE continue de fonctionner mais lentement et en étalant au grand jour ses dissensions et son manque de vision à moyen et long termes.

Le pouvoir s’est déplacé de la Commission (Barroso) vers le Conseil européen (Van Rompuy).

L’UE est victime du manque de solidarité et de divergences d’interprétation.

Il y a une dichotomie entre les élites et la population. Les partis euro-sceptiques sont de plus en plus admis.  Les  élections municipales seront sans doute difficiles pour les partis dits de gouvernement , mais la crainte forte est pour les élections européennes.  Si les partis extrémistes progressent dans plusieurs Etats memebres, ils peuvent finir par provoquer des blocages au Parlement européen.

Il faut réenchanter la population européenne, mais ce n’est pas si simple.  La France a toujours été globalement pro-Europe. Mais elle se braque dès que l’on touche à la souveraineté nationale en matière budgétaire et fiscale. De même l’Allemagne veut une Europe plus politique mais freine la création de l’union bancaire car elle ne veut pas que la BCE  contrôle son réseau bancaire plein de canards boiteux. Quant à l’Angleterre, souvent en marge, elle se déclare de plus en plus eurosceptique et veut rapatrier des compétences au niveau national et semble preête à organiser un referendum pour ou contre son maintien dans l’UE.

Sortir de l’Euro ?

Ceux qui prônent la sortie de l’Euro (Emmanuel Todd p.ex.) veulent se réapproprier les compétences au niveau national comme si il suffisait de retrouver une monnaie nationale pour éradiquzer la crise.

Ceux qui préconisent la sortie de la zone Euro sont ceux qui étaient contre la création de l’Euro il y a 15 ans. Ils ne tiennent pas compte du coût politique et du coût technique.

Le modèle et le processus du passage à l’Euro n’ont en effet pas été une mince affaire (monnaie, billets, pièces, …).  Cela est passé sous silence…

Les euro-sceptiques ne tolèrent pas l’ingérence européenne dans leur politique nationale, mais ils ne mettent pas en cause l’impérialisme des marchés.

Or, la souveraineté monétaire n’existe pas vraiment quand on est un pays endetté …

Qui pourrait  quitter l’Euro ?

Tous les scénarios existent.

Mais sortir de l’Euro signifie sortir de l’UE, et renégocier son adhésion.

Quel est notre avenir ?  La sortie de la crise sera très lente.  Comment sortir de la crise sans casser la reprise ?  La crise bancaire a été le vrai déclencheur. La plupart des économistes  demandent d’aller plus loin dans la réforme bancaire  et   attirent l’attention sur les risques si trop d’Etats maintiennent une trop grande austérité sur une période trop longue.

L’Europe reste cependant plus que jamais une assurance pour ses Etats membres de ne pas disparaître dans l’insignifiance.

 

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